Épargne et investissement sont deux mots souvent utilisés comme s'ils étaient synonymes. Ils ne le sont pas. Ils ont des objectifs différents, des horizons temporels différents, des niveaux de risque différents et fonctionnent mieux à des moments différents de la vie financière d'une personne. Les confondre mène à deux erreurs opposées également coûteuses : garder tout l'argent sur un compte sans rendement pendant des années, ou investir de l'argent dont on peut avoir besoin à court terme et devoir le vendre au pire moment.
Cet article explique ce qu'est chacun, en quoi ils diffèrent concrètement et comment décider quand utiliser l'un, l'autre, ou les deux à la fois.
Qu'est-ce que l'épargne
L'épargne est de l'argent mis de côté de la consommation présente pour être utilisé dans le futur, avec la caractéristique qu'il doit être disponible quand on en a besoin et que sa valeur nominale ne peut pas diminuer. Quand on épargne 1.000 euros, ces 1.000 euros doivent toujours être 1.000 euros quand on en aura besoin, peu importe quand.
L'épargne répond à trois types de besoins financiers. Le premier est la liquidité d'urgence : le fonds d'urgence est de l'épargne pure, de l'argent disponible immédiatement pour les imprévus. Le deuxième ce sont les objectifs d'épargne à court et moyen terme : l'apport pour un logement, les vacances, le renouvellement de la voiture, toute grosse dépense prévisible avec une date approximative. Le troisième est le coussin de tranquillité : un montant qui donne simplement un sentiment de sécurité indépendamment de l'usage prévu.
Les instruments d'épargne typiques sont les livrets rémunérés, les dépôts à terme et les fonds monétaires. Leur caractéristique commune est que le capital est protégé : on peut perdre du pouvoir d'achat à cause de l'inflation, mais on ne récupérera pas moins que ce qu'on a mis.
Qu'est-ce que l'investissement
L'investissement est de l'argent mis au travail dans le but d'en générer davantage au fil du temps, en acceptant qu'il puisse y avoir des pertes temporaires dans le processus. Quand on investit, on accepte que la valeur de ce qu'on détient puisse baisser à un moment avant de remonter. En échange, le potentiel de rendement à long terme est significativement plus élevé que celui de l'épargne.
L'investissement résout un problème que l'épargne ne peut pas résoudre : la croissance du patrimoine à long terme. Si on veut accumuler du capital pour la retraite, financer les études universitaires de ses enfants dans vingt ans ou construire une indépendance financière, l'épargne pure ne suffit pas. L'inflation érode le pouvoir d'achat de l'argent gardé, et l'intérêt composé généré par l'investissement est le seul outil qui compense cette érosion et génère une vraie croissance à long terme.
Les instruments d'investissement typiques sont les fonds de placement, les actions, les obligations, les plans d'épargne retraite et les fonds indiciels. Leur caractéristique commune est que la valeur peut fluctuer : on peut avoir plus ou moins que ce qu'on a mis selon le moment où on regarde.
Les différences clés
| Caractéristique | Épargne | Investissement |
|---|---|---|
| Objectif principal | Préserver le capital et le garder disponible | Faire croître le capital à long terme |
| Horizon temporel | Court et moyen terme (0-5 ans) | Long terme (5 ans et plus) |
| Risque | Très faible (capital garanti) | Variable (pertes temporaires possibles) |
| Rendement attendu | Faible (similaire ou inférieur à l'inflation) | Plus élevé (bat l'inflation sur le long terme) |
| Liquidité | Élevée (argent disponible rapidement) | Variable (ce n'est pas toujours le bon moment pour vendre) |
| Pour quoi | Urgences, objectifs à court terme, tranquillité | Retraite, objectifs à long terme, constitution de patrimoine |
L'erreur d'épargner quand on devrait investir
Garder tout son argent sur un livret ou en espèces pendant des années est une vraie erreur financière même si ça semble prudent. Le problème c'est l'inflation : si l'argent croît de 1% sur un livret mais que l'inflation est de 3%, le pouvoir d'achat de cet argent diminue de 2% chaque année. En dix ans, ce que 10.000 euros permettent d'acheter aujourd'hui sera considérablement moins.
L'argent dont on n'aura pas besoin dans les cinq prochaines années a un coût d'opportunité réel s'il reste dans des instruments à faible rendement. Cet argent pourrait générer un rendement significativement plus élevé dans des instruments d'investissement, même si cela implique d'accepter une certaine volatilité en chemin.
La résistance à investir vient généralement de la peur des pertes, ce qui est compréhensible. Mais cette peur ne distingue pas entre les pertes temporaires (qui sont normales dans tout investissement à long terme) et les pertes permanentes (bien moins fréquentes et généralement résultat de décisions spécifiques). Voir baisser la valeur d'un investissement de 20% lors d'une mauvaise année ne signifie pas que cet argent est perdu : cela signifie que si on maintient la position, il y a de bonnes chances qu'il se récupère et dépasse cette valeur avec le temps.
L'erreur d'investir quand on devrait épargner
L'erreur inverse existe aussi et est tout aussi coûteuse : investir de l'argent dont on peut avoir besoin à court terme. Si on place dans un fonds d'investissement l'argent prévu pour l'apport d'un logement dans deux ans et que le marché chute de 30% juste avant d'en avoir besoin, on se retrouve dans une situation difficile : soit on vend à perte soit on reporte l'achat.
La règle pratique est simple : l'argent dont on pourrait avoir besoin dans les trois à cinq prochaines années ne devrait pas être dans des actifs à risque de perte. Cet argent doit être en épargne. Seul l'argent dont on a la certitude de ne pas avoir besoin pendant au moins cinq ans, et de préférence davantage, a l'horizon temporel suffisant pour absorber la volatilité des marchés et bénéficier de la croissance à long terme.
La question qui décide de tout : quand aura-t-on besoin de cet argent ? Si la réponse est "dans moins de cinq ans", c'est de l'épargne. Si la réponse est "dans plus de cinq ans ou je ne sais pas", ça peut être de l'investissement. Ce n'est pas une règle absolue, mais c'est le critère le plus utile pour la grande majorité des décisions financières quotidiennes.
Comment les combiner : le bon ordre
Épargne et investissement ne s'excluent pas mutuellement : ils sont complémentaires et la plupart des personnes devraient avoir les deux. La clé est l'ordre dans lequel ils se construisent.
La première étape est de constituer le fonds d'urgence. Avant d'investir le moindre euro, il faut avoir un coussin de liquidité couvrant entre trois et six mois de dépenses essentielles. Sans ce coussin, tout imprévu oblige à vendre des investissements au moment où le besoin survient, ce qui peut être le pire moment possible pour le faire.
La deuxième étape est d'épargner pour les objectifs à court et moyen terme déjà identifiés : un mariage, un grand voyage, l'apport d'un logement, des études de master. Cet argent ne doit pas être investi car il a une date d'utilisation prévue dans un horizon proche.
La troisième étape, avec le fonds d'urgence complet et les objectifs à court terme couverts, est de commencer à investir l'excédent à long terme. À ce stade, l'épargne automatique mensuelle destinée à l'investissement est l'outil le plus efficace : elle permet de profiter de la moyenne des coûts en euros (investir régulièrement que le marché soit haut ou bas) et de construire un patrimoine graduellement sans dépendre de grandes décisions ponctuelles.
Investir ne nécessite pas de grandes sommes
L'une des raisons pour lesquelles beaucoup de personnes reportent à plus tard le début de l'investissement est la croyance qu'il faut beaucoup d'argent pour que ça ait du sens. Ce n'est pas le cas. Avec les fonds indiciels et les plans d'épargne retraite actuels, on peut commencer à investir avec de très petites sommes, parfois dès 50 ou 100 euros par mois.
Ce qui compte ce n'est pas le montant initial mais la constance et l'horizon temporel. 100 euros par mois pendant trente ans, avec un rendement annuel moyen de 7%, génèrent un patrimoine d'environ 120.000 euros. La même somme gardée sur un livret à 1% génère un peu moins de 42.000 euros. La différence, en commençant dans les deux cas avec les mêmes versements mensuels, c'est la puissance de l'intérêt composé appliqué sur la durée.
Épargne et investissement ne sont pas des concepts réservés aux personnes fortunées : ce sont des outils pour toute personne qui veut gérer son argent consciemment. Comprendre quand utiliser chacun est l'une des étapes les plus importantes vers une économie personnelle stable et tournée vers l'avenir.